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EDITO 1

15.05.2021

' Geoffroy dit Réforciat ' - par François Hesse, Membre fondateur

Les vicomtes de Marseille sont une famille vicomtale dont l’origine remonte au milieu du Xe siècle avec un certain Arlulf. La vicomté seigneuriale s’éteint en 1216 avec Roncelin de Marseille, abbé de l’Abbaye Saint-Victor de Marseille, qui est le dernier de la lignée à posséder des droits sur la vicomté.

 

 

Pour l’historien du droit Jean-Pierre Poly (La Provence et la société féodale 879-1166, Bordas, Paris, 1976), la plus grande partie des fiscs marseillais auraient été donnés par le roi de Bourgogne-Provence Conrad III à Arnulf le Viennois, autour des années 950. Il s’agit d’un domaine immense, d’environ 60.000 hectares, qui s’étend du Val de Trets à Marseille. Arlulf reçoit non seulement la Curtis (le foncier), mais en plus, l’exercice et le profit de tous les droits publics rattachés, autrement dit le ban seigneurial : pouvoir de justice, de police et de commandement. Arlulf est le plus ancien ancêtre des vicomtes de Marseille et peut être considéré comme le premier d’entre eux, même s’il semble ne pas en avoir eu le titre.

 

 

D’après l’hypothèse de George de Manteyer (La Provence du Ier au XIIe siècle : Études d’histoire et de géographie politique, Librairie Alphonse Picard & fils, Paris, 1908) et reprise par J.P. Poly, Arlulf serait le petit-fils du comte Teutebert, appelé aussi Thibert qui avait administré le Royaume de Provence pour le compte du roi Louis III l’Aveugle dans les années 890-908. Il appartient donc à la noblesse franque installée dans les pays du Bas-Rhône à l’époque carolingienne et plus probablement à celle originaire du Viennois venu à la suite d’Hugues d’Arles et qui a su s’enraciner en Provence.

 

 

Toutefois, les derniers travaux sur la famille de Marseille remettent en cause son ascendance comtale et attribuent son installation en Provence à l’influence du roi Conrad, dont Arlulf serait un vassal. L’historien médiéviste Martin Aurell présente quant à lui une version conciliant à la fois la parenté avec les comtes Thibert et les relations privilégiées avec le roi Conrad : « L’histoire de la famille de Marseille (…) : ses fondateurs avaient des racines bourguignonnes, le comte Arlulf, à qui Conrad avait remis la tour de Trets, étant apparenté au comte Thibert, franc établi à Vienne à la cour de Louis l’Aveugle. »

 

 

Seigneurs de Marseille et de Trets, les vicomtes de Marseille réussissent avant la fin du Xe siècle à se soustraire à la domination des comtes de Provence. Ils se créent une sorte de souveraineté. Ils ne sont plus astreints qu’à un service de chevauchée (service militaire) envers leurs suzerains, et prétendent tenir leur vicomté de la grâce de Dieu et ne pas relever des comtes de Provence. Le sel leur app

 

 

artient. Leurs sceaux les représentent à cheval et armés de toutes pièces. Presque toujours un de leurs fils occupe le siège épiscopal du diocèse. Du reste, les évêques suivent les vicomtes dans cette voie d’indépendance. Les évêques ont la seigneurie de la ville supérieure, et les vicomtes, maîtres de la seigneurie de la ville inférieure, jouissent en outre de droits domaniaux dans tout le reste du district, qui embrasse bientôt le littoral depuis Fos jusqu’à l’embouchure du fleuve Argens, près de Fréjus, la vallée de l’Huveaune et le pays situé sur la rive orientale de l’étang de Berre.

 

 

Marseille comprend trois villes différentes qui sont : la cité abbatiale, la cité épiscopale et la cité vicomtale ; la première soumise à la puissante abbaye de Saint-Victor de Marseille dont les possessions s’étendent jusqu’en Espagne et en Italie ; la seconde appartenant à l’évêque, la troisième, enfin, sous la dépendance des vicomtes de Marseille qui, dès le Xe siècle, y ont fait des constructions militaires importantes et l’ont entourée de remparts.

 

 

La ville qui connaît une croissance spectaculaire à partir du XIIe siècle ne tarde pas à s’opposer aux vicomtes qui morcèlent leur héritage, à chaque génération, prenant tous le titre de vicomte ou de co-vicomte. Les vicomtes de Marseille, en divisant leurs domaines, en disséminant leurs richesses, laissent tomber chaque jour un lambeau de leur autorité, au profit également de l’abbaye de Saint-Victor de Marseille, que leurs grandes libéralités entourent d’un prestige énorme. Mais le pouvoir des vicomtes de Marseille se heurte surtout aux résistances énergiques du conseil municipal de la cité, habile à étendre ses prérogatives. Représentant et défenseur des intérêts d’une ville attachée à son indépendance la solide organisation de la bourgeoisie de Marseille contrecarre avec efficacité le pouvoir des vicomtes qui désertent petit à petit la cité pour s’établir dans leurs châteaux-forts de campagne. Déjà évincés des affaires publiques par le conseil municipal, ils ne gouvernent plus vraiment, et toute leur autorité se borne de plus en plus à la possession de quelques droits domaniaux. 

Geoffroy Reforciat constitue une seigneurie de Forcalqueiret au moment où s’impose dans les villes le mouvement communal qui va donner le ton pour plus d’un demi-siècle à la vie politique en Provence : luttes de factions, manifestations d’anticléricalisme et tentatives d’émancipation sont au goût du jour dans toutes les villes du comté. Au cours de la première moitié du XIII -ème siècle, les cités en colère occupent le premier plan de l’histoire provençale. Leur croissance a atteint un tel niveau qu’elles s’affirment au détriment des campagnes ; les citadins triomphent sur l’aristocratie rurale. Ils drainent vers le marché urbain les richesses de l’arrière-pays environnant. C’est au sein des villes que renaissent les écoles dans les chapitres cathédraux. C’est vers elles que se déplacent les centres de décision politiques aux dépens des châtellenies indépendantes. Les villes se dotent au XIIème siècle de Consulats, associations qui regroupent les oligarques des villes sous la tutelle des évêques. Cette nouvelle chevalerie urbaine doit dans un premier temps chercher l’alliance des hommes d’Eglise et des Comtes de Provence face à la vieille aristocratie pour se frayer un chemin vers le pouvoir.  En contrepartie, les princes sont bien contents de bénéficier de la ressource importante des osts urbains dans leurs guerres permanentes contre leurs ennemis. A Marseille, les consuls sont mentionnés pour la première fois dans une charte de 1178 et commencent à acheter les droits des vicomtes sur la basse ville afin d’accroitre leur autonomie. Le consulat, modèle d’organisation sociale mis sur pied par des élites savantes, se répand jusqu’aux points les plus reculés de la campagne provençale.

 

 

Le véritable enjeu du Consulat est la justice : s’approprier le ban permet aux citoyens d’échapper aux tribunaux seigneuriaux et de conserver le pouvoir sur des villes que les grands ont cependant désertés de longue date. Le consulat permet aux citoyens de se découvrir une identité commune et d’appartenir à un même corps politique. C’est dans un palais communal et non plus dans les bâtiments épiscopaux que les consuls tiennent leurs premières réunions. Ils possèdent leur propre cloche pour convoquer le conseil et les assemblés générales. Ils se donnent des armes qu’ils arborent sur leurs étendards. Cette appropriation héraldique revêt une grande importance : à l’instar des membres des lignages aristocratiques, les consuls, dont le palais communal est le pendant du château des nobles, détiennent les symboles du pouvoir tandis qu’ils soumettent leur ville et son arrière-pays à une véritable seigneurie collective.

 

Mais au milieu du XIIème siècle, les évêques sont encore très largement maîtres à bord. Ils affirment d’autant plus leur autorité que différentes factions se disputent âprement le contrôle du consulat. Quelques soulèvements anticléricaux ponctuent toutefois la seconde moitié du XIIème siècle montrant ainsi que les relations entre épiscopat et consulat sont tendues. Elles dégénèrent autour de 1200 en conflit ouvert dans la presque totalité des cités provençales. Les raisons de cette évolution sont doubles : l’affermissement du pouvoir comtal sur les vieilles familles aristocratiques rend l’alliance entre évêques et la chevalerie urbaine caduque. Les dirigeants des consulats songent alors ouvertement à s’émanciper de la tutelle épiscopale. La croisade des Albigeois (1209-1229) qui s’inscrit dans le cadre plus large du Midi, voit un déferlement des croisés français en Provence où ils vont accroître le désordre en soutenant le pouvoir des évêques qui est devenu plus que chancelant dans les villes du Comté. Les Avignonnais, les Marseillais et les Tarasconnais luttent par la suite avec succès contre Simon de Montfort et ses Français, qu’ils délogeront de Beaucaire. Ils enverront leurs osts en Languedoc et participeront à l’effort de guerre toulousain face à l’envahisseur. Mais les luttes entre ceux qui soutiennent et ceux qui rejettent la seigneurie épiscopale mettent les villes provençales dans un état d’agitation permanente. A l’orée des années 1220, les cités du comté sont devenues ingouvernables. La podestarie va redonner l’unité au mouvement communal.

 

 

 

Le podestat est un fonctionnaire étranger embauché par une commune qui veut en faire sa principale autorité municipale pendant une ou deux années en lui versant de consistants émoluments. L’élu arrive dans la cité avec son viguier ou lieutenant, de deux chevaliers et d’un juge. Des syndics, choisis par le conseil des citoyens, servent d’intermédiaires entre ces personnages et la commune. Cette institution est empruntée aux cités marchandes du nord de l’Italie. Pour pacifier les villes qu’ils dirigent, les podestats transfèrent l’agressivité de leurs habitants vers une cible extérieure ; chaque centre urbain doit étendre son emprise sur son arrière-pays et créer sa zone d’influence où la paysannerie lui est soumise. L’expansion territoriale des grandes cités est alors spectaculaire. Le podestat de la ville de Marseille, rachète les droits des derniers vicomtes sur la ville basse et parviennent à annexer la ville haute et à la soustraire de l’autorité de l’évêque en 1224 (rachat à l’abbaye de Saint-Victor des droits de Roncelin (+1216), dernier vicomte de Marseille. Il étend par la suite la puissance de Marseille vers l’Est, au détriment des membres de la famille de Fos auxquels il achète le château et le village de Brégançon ainsi que leur seigneurie sur la ville d’Hyères et ses riches salins.

Le 1er avril 1216 : vente pour 143 000 sous royaux couronnés à la commune de Marseille de toutes les terres et droits sur la ville de Marseille (1/8 de la superficie) appartenant à Raymond Geoffroy, seigneur de Trets et ses deux fils ; Geoffroy Reforciat et Burgundion, ainsi qu’à son épouse Ixmilla (Emilie de Rians). Fait dans la tour du seigneur à Marseille et signé par plus de deux cents témoins. Acte écrit par Guillaume de Bellomonte, notaire de Marseille et transcrit par Janvier, notaire par l’ordre du seigneur Spini, podestat de Marseille.

Raymond-Geoffroy II, vicomte de Marseille de la branche ainée des seigneurs de Trets et de Toulon, avait peu d’intérêt à la seigneurie de la ville de Marseille : il vivait dans le domaine de Trets en favorisant la stratégie de la Confrérie municipale du Saint-Esprit (crée en 1212) dans l’acquisition de la seigneurie de Marseille aux dépens des prélats et des moines de Saint Victor. Son père Raymond Geoffroy Ier avait eu de grandes contestations avec les religieux de l’abbaye de Saint Victor auxquels il retenait le lieu de Six-fours qu’Hugues-Geoffroy Ier, son père, leur avait confié avant son départ pour la Croisade. L’affaire ayant été portée à la cour de Raymond-Béranger Comte de Barcelone et de Provence, elle fut remise à trois arbitres qui les mirent d’accord, et par charte de l’an 1156, le Vicomte de Marseille dût restituer le lieu de Six-fours. Cette déconvenue explique peut-être la prise de position familiale en faveur de la ville contre l’abbaye.

La politique d’émancipation de la ville se heurte ensuite à l’abbaye de Saint Victor, légataire des biens de Roncelin, le dernier vicomte de Marseille de la branche cadette des seigneurs de Marseille, mort le 21 décembre 1215. Les recteurs de la confrérie du Saint-Esprit, organisme humanitaire municipal dont le véritable objectif est le remplacement de l’aristocratie locale par une administration urbaine, refusent de reconnaître les prétentions des moines qui réclament l’intégralité de la succession de Roncelin, alors que la ville en a déjà racheté la majeure partie. Marseille est alors secoué par un violent mouvement anticlérical : des églises sont attaquées, des biens de l’évêque saccagés. Le pape Honorius III s’élève contre ces violations dès février 1217 et son légat, prononce en 1218 l’excommunication des marseillais. Le 12 juin 1218 le pape confirme la donation de Roncelin à l’abbaye de Saint-Victor. Un accord est finalement trouvé entre la ville et l’évêque se traduisant par une délimitation précise entre la ville haute ou épiscopale et la ville basse, approuvée le 23 janvier 1220.
A l’hiver 1222-1223, l’évêque de Marseille, Pierre de Montlaur, doit réagir à la révolte d’une partie de ses citoyens, résidents dans la ville haute, qui souhaitent échapper à sa juridiction. Ils choisissent des consuls et forment une véritable administration indépendante. Selon les actes, la révolte est terminée en janvier 1223, mais en mai 1223 la ville est toujours frappée par l’excommunication et l’interdit. Il est très probable que ce soulèvement fut soutenu par la classe dirigeante de la ville basse, peut-être – mais ce n’est qu’une hypothèse – en appelant au podestat un vicomte, Geoffroy Reforciat, en février 1223 pour trouver un accord entre les partis. Notre futur seigneur de Forcalqueiret a ainsi la particularité d’être la seule exception à la série de podestats italiens qui se succèdent à Marseille au début du XIIIème siècle. Il y a une source douteuse, selon laquelle la ville n’apprécia pas ce podestat-vicomte. Antoine de Ruffi le raconte dans son Histoire de la ville de Marseille (1696), relevant qu’en 1223 les gens de Marseille solennellement délibérèrent pour ne plus donner de fonction publique aux descendants des vicomtes. M. L. Bourrilly dans son Essai sur l’histoire politique de la commune de Marseille (1929) ne croit pas que cette décision soit en relation avec la personnalité du podestat Geoffroi-Reforciat.
Le podestat de Geoffroi-Reforciat se termina avant le 15 mai 1224, quand est en charge Spinus de Soresina, ex-podestat lombard de Gênes. Le 14 juillet 1224, Pierre de Montlaur cassait les actes de la confrérie, mais à la fin de cette année 1224 les deux villes s’unissaient : l’autorité et la juridiction de l’évêque étaient bafouées. Pierre de Montlaur se plaignit au pape et l’empereur Frédéric II mit le 22 mai 1225 Marseille au ban de l’Empire. Le podestat Spino de Sorresina n’en tenait aucun compte et faisait reconnaître les privilèges de la ville par le Comte de Provence, Raymond VII de Toulouse, le 19 septembre 1225.

« Débarrassés » de leur turbulent domaine marseillais, les seigneurs de Trets-Toulon se recentrent sur Trets et l’arrière-pays. Le patriarche Raymond-Geoffroi II est mort en 1217 et laisse la place à ses deux fils. C’est à cette époque que sont construits les premiers bâtiments du château de Trets, qui sera agrandi plusieurs fois. C’est la construction militaire la plus importante de la haute Vallée de l’Arc au Moyen Âge. La vente des droits sur Marseille leur sert en effet à acquérir dès le début du XIIIe siècle de nouvelles seigneuries ou à renforcer leur présence dans le val de Trets  (Ollières et Puyloubier) et la vallée de l’Issole (Forcalqueiret et Garéoult).

 

 

Un faisceau d’indices donne à penser que Burgondion de Trets s’est installé au castrum : le testament de son fils, Isnard d’Entrevennes, seigneur de Trets et d’Ollières, daté de 1306 nous apprend ainsi que ce seigneur avait fondé une chapellenie pour le repos de l’âme de son père Burgondion dans la chapelle du château de Trets qui correspond vraisemblablement à la chapelle Saint-André sise au premier niveau de la forteresse.

 

 

Il semble que Geoffroi Reforciat soit, quant à lui, parti s’installer à Forcalqueiret dont il reconstitue une seigneurie à partir des domaines de Rocbaron et Ste Anastasie qu’il a hérité à la mort de son père et racheté en partie. Il conserve ses parts sur Trets en accord vraisemblablement avec son frère et donne une cohérence à sa seigneurie en donnant ou vendant ses domaines et droits sur Garéoult à l’abbaye voisine de La Celle, près de Brignoles.

 

 

–  17 mars 1218 : cession faite au monastère de la Celle, par Geoffroy Reforciat, vicomte de Marseille et seigneur de Trets, de tout ce qu’il possède à Garéoult, par la succession de son père Raimond Geoffroy et le partage fait avec son frère Burgondion. Il reconnaît avoir reçu 1,000 sous de royaux.

 

 

–   7 mai 1217 : acte de vente des droits et terres du Castrum de Forcalqueiret et du bourg de Sainte Anastasie que possèdent les frères Bremond et Raymond d’Auriol.

 

 

–   3 janvier 1227 : acte de vente de la seigneurie de Rocbaron. Guillaume de Rochabaron, pour lui et les siens, vend à perpétuité et de façon irrévocable à Geoffroy Reforciat le castrum de Rochabaron avec toutes ses dépendances et son territoire, (…)

 

 

–  26 novembre 1227 : Nouvelle donation à l’abbaye de La Celle par Geoffroy Reforciat de ses droits à Garéoult,  avec cession de l’usufruit qu’il s’était réservé ; reconnaissant avoir reçu en échange 150 livres de royaux.

 

 

Geoffroy Reforciat et Burgondion ne sont cependant pas les seuls propriétaires de Trets. A l’image de nombreux villages provençaux, Trets est dominé par un ensemble de seigneurs formant coseigneurie. Ce régime peut être en partie reconstitué – du moins pour ce qui correspond à la seigneurie majeure – grâce aux archives communales et notariales ainsi qu’aux quelques testaments seigneuriaux conservés. Les seigneurs majeurs de Trets sont liés à deux branches du lignage des vicomtes de Marseille issues des deux frères Hugues Geoffroi III et Raimond Geoffroi II. Burgondion de Trets et son frère Geoffroi Réforciat – les fils de Raimond Geoffroi II – tiennent chacun un quart de Trets, cependant que leurs cousins Geoffroi V et Raimond Geoffroi IV tiennent l’autre moitié de la seigneurie. Nous avons ainsi en 1224, au moment où Geoffroi Reforciat revient de son podestat à Marseille, quatre grands seigneurs féodaux se partageant les lieux. Est-ce une raison pour expliquer le départ de Geoffroi Reforciat pour Forcalqueiret ?

 

 

Les testaments permettent de suivre le devenir des droits de Burgondion de Trets, qui passent, après sa mort survenue vers 1246, à ses deux fils Isnard Ier d’Ollières et Burgondion II. Pour ce qui est de l’autre moitié de la seigneurie majeure, après le décès de Geoffroi V en 1239, on retrouve ces droits tenus par sa fille Sybille ainsi que ses neveux – les fils de Raimond Geoffroi IV. Mais la branche de Geoffroi Réforciat n’a pas vendu ou cédé ses droits car en 1297, on trouve évoqués en tant que coseigneurs Réforciat Ier d’Agoult descendant d’Isnard II d’Agoult alias d’Entrevennes, époux de Béatrice, la fille unique de Geoffroi Réforciat. En 1340, tous ces descendants ne détiennent cependant pas plus d’un quart de l’ancienne seigneurie familiale. (voir généalogie simplifiée de la famille en fin de document).

 

 

Geoffroy Reforciat serait né vers 1194. On le pense mort avant 1237-1239 à l’âge d’environ 45 ans. Il n’apparait pas dans la charte de privilèges octroyée le 5 avril 1238 par son frère Burgondion, seigneur d’Ollières et de Trets, à la commune de la ville de Trets, par laquelle Burgondion reconnaît la franchise et l’allodialité des biens des habitants de la commune. Le 5 avril 1238, une délégation de 15 hommes du village de Trets se rassemble devant la porte de la forteresse du lieu et supplie à genoux, la tête découverte, le seigneur Burgondion de bien vouloir confirmer les privilèges, franchises et libertés qui sont les leurs depuis des temps immémoriaux. Après avoir écouté la supplique, en réponse et par bienveillance, spontanément, Burgondion confirme, approuve et réitère les privilèges, s’engageant pour lui-même et ses successeurs. En signe de bonne volonté, il prête alors serment, la main droite posée sur les Saints Évangiles, et jure de respecter sa promesse, étant saufs les droits du comte de Provence. La scène se déroule en présence de trois chevaliers témoins et du notaire Guillemus Arnaudi – notaire public impérial – qui rédige sur le champ un instrument public à la demande de la communauté de Trets. Le 1er juillet suivant, à Aix, dans la chapelle Saint-Mitre du palais comtal, le comte Raimond Bérenger V approuve la concession octroyée par Burgondion, après avoir pris connaissance de l’instrument public qui en a été rédigé, et la confirme.

 

Acte publié dans Fernand Benoît, Recueil des actes des comtes de Provence appartenant à la maison de Barcelone. Alphonse II et Raymond Bérenger V (1196-1245), Monaco-Paris, 1925, p. 387-389, no 293. L’acte n’est connu que par des copies réalisées à l’époque moderne, la plus ancienne remontant à l’année 1552.

 

Il semble donc que si Geoffroy Reforciat est encore vivant à cette époque, il se tient alors éloigné des affaires politiques de Trets pour se consacrer à l’administration de la seigneurie de Forcalqueiret où il a débuté les travaux de construction d’un château sur le site de l’ancien castrum. Il a également hérité de sa mère de droits sur Rians. On le cite souvent marié à Guilhelme de Blacas (1200-1234), fille du seigneur d’Aups ; mais cette possibilité est peu probable car Guilhelme ou Guillemette est plus vraisemblablement mariée au cousin de Geoffroi Reforciat : Geoffroi Gaufridet. coseigneur de Trets et Toulon. La généalogie confond régulièrement les deux personnages nés et morts sensiblement aux mêmes dates et qui ont la particularité d’avoir eu tous les deux pour descendance une fille unique.  Guillemette de Blacas fit en tous cas son testament en 1234, par lequel « elle demanda à être inhumée dans le monastère de La Celle, fit plusieurs legs à l’abbaye de Turonet et à celles des religieuses d Almonarre et de Saint Pons, et laissa le reste de ses biens à sa fille » Sybille de Trets. Béatrix de Marseille, sa cousine, demeure également quant à elle la seule héritière des domaines et droits seigneuriaux à la mort de son père Geoffroy Reforciat. Elle est qualifiée de dame de Forcalqueiret et de Rians. Ce bon parti ne manque pas d’attirer l’attention de la puissante famille d’Agoult. L’alliance des Agoult-Sault avec de riches héritières se marque dès le début du XIIIe siècle. Il s’agit d’une stratégie destinée à maintenir le rang du lignage. Beatrix se marie ainsi en 1242 avec Isnard III d’Agoult dit d’Entrevennes fils aîné d’Isnard II d’Agoult, grand sénéchal de Provence. Elle décède en 1259 laissant le patrimoine de son père dans la famille de son mari.

Les travaux de l’ASER nous révèlent que le premier château de Forcalqueiret sous Geoffroi Reforciat comprenait le logis à l’Est (4-5-6) donnant sur la cour entourée de murailles, avec une tour au NO (1) et l’entrée vers le sud. Une Eglise à une nef à l’est de cette cour fermée venait compléter cet ensemble architectural, caractéristique des châteaux-cour du début du XIIIe siècle.

 


Bibliographie :

  • Histoire de la commune de Marseille (Histoire Analytique et chronologique des actes et délibérations du corps et du conseil de la municipalité de Marseille du Xe siècle jusqu’à nos jours) Louis Méry archiviste de la ville, inspecteurs des monuments historiques des départements des Bouches du Rhône et du Gard & F. Guindon, attaché aux Archives Marseille. 1841 pp 250 à 259
  • Essai sur l’histoire politique de la commune de Marseille, des origines à la victoire de Charles d’Anjou (1264). — Raoul Busquet et Victor Louis Bourrilly. 1919
  • La Provence au Moyen Âge (extrait de Bouches-du- Rhône. Encyclopédie départementale). Victor Louis Bourrilly . 1924.
  • Actes concernant les vicomtes de Marseille et leurs descendants (H. de Gerin-Ricard, de l’académie de Marseille, et Emile Isnard, archiviste de Marseille, 1926)
  • La commune de Marseille, ses origines, son développement jusqu’à l’acquisition de la seigneurie des vicomtes. Par Léon Honoré Labande. Journal des Savants. Année 1927 pp 22-33.
  • Histoire de Marseille (Raoul Busquet, historien et archiviste de Marseille, 1945)
  • Le rôle de la vicomté de Marseille dans la formation du comté de Provence et l’origine de ses vicomtes » Raoul Busquet, p. 67-74, dans Provence historique, tome 4, fascicule 16, 1954
  • La noblesse et l’Église en Provence, fin Xe – début xive siècle, Florian Mazel – éditions du CTHS, Paris, 2002
  • La Provence au Moyen-Age. Martin AurellJean Paul BoyerNoël Coulet – Presse universitaires de Provence 2005 – 360 pages.
  • La communauté, les franchises et les seigneurs. Trets, 1238-1340. Laure Verdon. Provence Historique – fascicule 256, 2014
  • Les vicomtes de Marseille -Wikipedia
  • Archives départementales du Var. E.R.P.A.V – Service Educatif des Archives Départementales du Var – www.archives.var.fr
  • Généalogie de la famille d’Agoult, des vicomtes de Marseille, site de Jean Gallian : généalogies historiées et blasonnées.

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